regain-giono-premiere

 

Je suis étonnée de ne pas vous avoir encore parlé de ce livre. Je pense que c'est celui que j'ai le plus lu et relu de ma vie.

Alors oui j'ai des goûts assez éclectiques c'est sûr, niveau ambiance Jean Giono ce n'est pas Jane Austen et la lecture du grand troupeau n'a pas grand chose en commun avec Northanger Abbey. Et pourtant j'apprécie ces deux grandes plumes même si c'est pour des raisons bien différentes.

Mais revenons plus précisément à notre sujet du jour : Regain de Giono. Comme je le mentionnais c'est sans doute l'ouvrage que j'ai le plus lu et relu de toute ma courte vie. Cela fait 15 ans qu'il m'accompagne et je le relis quasiment chaque année. La première fois, j'avais 16 ans, le CDI de mon lycée se délestait de ses vieilleries et je suis tombé sur Regain et je l'ai emporté avec moi pour une raison qui m'échappe aujourd'hui.

 

Résumé :

Le village d'Aubignane ne compte plus que trois habitants et semble voué à la disparition. Les derniers villageois disparaissent tour à tour, laissant Panturle seul. Il y mène une vie rude et solitaire jusqu'à ce qu'à ce qu'une femme arrive sur ce bout de terre...

 

regain-giono-tranche

 

Bon, vous l'aurez compris encore une histoire de renaissance là dessous, il y a rien à faire c'est une constante chez moi. L'histoire est touchante et ce qui m'a toujours frappé chez Giono c'est la force qui ressort de son écriture. La langue est celle des paysans de ces montagnes de Haute-Provence, elle est à l'image de leur vie : simple et brute. La brutalité, la violence même parcourt tout ce roman. Violence des hommes dont est victime Arsule mais également violence de la Nature qui a toujours le dernier mot sur l'Homme.

On retrouve dans ce texte, la vision de la Nature de Giono, où l'Homme fait parti de son environnement au même titre que la Faune ou la Flore. Une perception parfois à la limite du paganisme (L'un des personnages semble invoquer les éléments naturels) mais qui apparaît avec le recul d'une grande modernité. La Nature est particulièrement présente dans la trilogie de Pan que compose Colline, Un de Beaumugnes et Regain.

On retrouve également le thème de la solitude, cette solitude qui peut conduire à la folie ; thème qu'il reprendra des années plus tard dans un roi sans divertissement.

 

J'ai lu beaucoup d'autres titres de cet auteur : Les âmes fortes, le grand troupeau, un roi sans divertissement,... tous m'ont frappé par la force, l'impact de l'écriture mais aucun ne m'a autant touché que Regain.

  

 

Extraits :

"Aubignane est collé contre le tranchant du plateau comme un petit nid de guêpes ; et c'est vrai, c'est là qu'ils ne sont plus que trois. Sous le village la pente coule, sans herbes. Presque en bas, il y a un peu de terre molle et le poil raide d'une pauvre oseraie. Dessous, c'est un vallon étroit et un peu d'eau. C'est donc des maisons qu'on a bâties, juste au bord, comme en équilibre, puis, au moment où ça a commencé à glisser sur la pente, on a planté, au milieu du village le pieu du clocher et c'est resté tout accroché. "

 

"Il se dresse. Il a mis son bras sur l'épaule de la femme. Voilà. Elle a encore sur ses épaules ce bras nu qui est comme un poids d'eau.

- Fille...

C'est tant de choses qu'il y a à dire que mieux vaut dire : "Fille", puis rester là. Et tout ce qui est encore à dire, on le laisse dans le chaud du coeur où est sa place."